La crise pour les nuls

Posted on 30 novembre 2010 par

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Pourquoi l’ULB connaît-elle la crise? Que s’est-il passé au Conseil d’administration? Topo sur la situation: de la démission du recteur Philippe Vincke à la demande de démission du CA.

  • La démission du recteur Philippe Vincke

Le 20 octobre 2010, le Conseil d’administration doit approuver le choix des nouveaux vice-recteurs. Les étudiants demandent un vote secret. Un représentant du corps académique s’enquière de la relation entre les étudiants et le vice-recteur pour la politique académique et la promotion de la réussite, Philippe Bouillard. Celui-ci est à nouveau proposé comme vice-recteur, mais les étudiants avaient soulevé un important problème de communication en juin dernier. La situation a-t-elle évolué? Les représentants étudiants refusent de répondre. Ils renvoient la question au recteur. Celui-ci explique que plusieurs rencontres ont eu lieu. Un doyen reprend la question. Pourquoi le vote est-il demandé? Que se passe-t-il ? Toujours aucune réponse. Un représentant du PATGS non Interfac réitère l’inquiétude exprimée jusque là. Comment voter si l’on ne possède pas toutes les informations nécessaires pour se faire une opinion? Personne ne répond.

Sans aucun débat, le CA passe au vote. Deux vice-recteurs sont rejetés par une courte majorité: Philippe Bouillard et Cécile Van de Leemput.

Cécile Van de Leemput était vice-rectrice à la politique wallonne durant le précédent mandat du recteur Philippe Vincke. Aucune critique n’a été émise concernant son travail alors. Elle était proposée au même poste pour cette mandature.

Le recteur déclare qu’il ne lui est plus possible de remplir sa fonction dans ces conditions. Il décide de démissionner.

Le président du CA, ainsi que le doyen de Philosophie et lettres, Didier Vivier, insiste pour qu’il réfléchisse davantage avant de prendre sa décision. Il accepte et quitte l’assemblée. Il remettra finalement sa démission le lendemain tout en dénonçant la « logique de clans qui, en fin de compte, bloque l’institution » (communiqué du recteur).

  • Pourquoi ce qui s’est passé au CA du 20 septembre n’est pas anodin

Cette situation n’est pas anodine d’abord parce qu’aucun débat n’a pu avoir lieu avant le vote sur les vice-recteurs. Pourtant, plusieurs voix s’étaient levées pour demander des informations complémentaires.

Du plus, les membres de la liste Interfac reconnaissent avoir voté contre ces deux vice-recteurs (notamment durant l’AG du corps scientifique). Or, étant donné le manque de débat, comment ont-ils décidé de voter contre ces deux vice-recteurs (et surtout contre Mme Van de Leemput)? On parle logiquement de consignes de vote.

Ce déni de débat et ces consignes de vote choquent d’autant plus qu’ils sont le fait de personnes qui ont été élues pour que « le Conseil d’Administration ne soit pas une chambre d’entérinement mais le lieu de la décision collective » (programme Interfac).

  • Assemblées générales, conseils facultaires: la tournée des motions

Les représentants du corps académique au CA de la liste interfacultaire indépendante réunissent une assemblée générale deux jours après la démission du recteur. Ils présentent un CA dont l’ambiance s’est détériorée ainsi que plusieurs dossiers dans lesquels l’intervention de représentants Interfac a été plus que troublante (choix des cooptés, intégration de La Cambre et d’Horta dans la nouvelle faculté d’architecture,  choix des personnes qui feront partie du comité de désignation d’experts au F.R.S – F.N.R.S). Des représentants Aca-Interfac prennent également la parole, mais ne convainquent pas. L’assemblée décide de renvoyer ses représentants auprès de leur base, dans les conseils facultaires.

La tournée des conseils commence. Une vague de motions suit.

Le 23 septembre, la faculté des Sciences demande « que soit veillé scrupuleusement au respect de l’éthique et de la déontologie des Administrateurs de l’Université » . Elle insiste également pour que « le Conseil d’Administration [sorte] d’une logique où une majorité – quelle que soit sa composition – impose des décisions et une discipline de vote sans accepter que soient menés des débats approfondis » (la motion de la faculté des Sciences).

Le 29, le corps scientifique de la faculté de Philosophie et lettres adopte une motion appelant sa délégation à rétablir la confiance. Le même jour, l’Institut d’étude européenne, réuni en Conseil extraordinaire, se demande « si l’élection simultanée d’une nouvelle équipe rectorale et d’un nouveau CA ne permettrait pas de débloquer la situation et ainsi à l’Université d’aller de l’avant » (la motion de l’IEE).

Plusieurs conseils facultaires suivent cette prise de position ou vont plus loin en appelant carrément à des élections anticipées du CA (motions des Conseils facultaires de Philosophie et lettres, de Droit et des sciences criminologiques, de Sciences sociales et politique et celui des Sciences appliquées). Parallèlement, le corps scientifique de la faculté de Droit et criminologie réclame également ces nouvelles élections (la motion du corps scientifique de Droit et criminologie). Tandis que d’autres continuent d’exprimer leur indignation et leur crainte par rapport à la crise actuelle (faculté de Médecine, Solvay Brussels school of Economics and management). La faculté de Psychologie appelle notamment « lʼensemble des administrateurs à se choisir un Président capable et soucieux de restaurer la confiance » (la motion de la faculté de Psychologie).

Pendant ce temps, les représentants du corps scientifique au CA (Interfac) convoquent une assemblée générale. Celle-ci a finalement lieu le 7 octobre sur le campus de la Plaine et réunit une centaine de personnes malgré un changement de date de dernière minute. Après deux heures de débats, l’assemblée de chercheurs vote une motion retirant sa confiance à sa délégation au CA et réclamant la tenue de nouvelles élections.

La liste interfacultaire indépendante tire les conclusions qui s’imposent à la suite de toutes ces motions. Elle convoque à nouveau une assemblée générale du corps académique. Une motion est votée. Elle exige la tenue d’élections anticipées.

Cette motion est ouverte à tous (voir l’appel à signature). En moins d’une semaine, elle recueillera près de 1000 signatures avant la tenue d’un nouveau Conseil d’administration le 18 octobre 2010; conseil qui sera envahi par quelque 500 manifestants (compte rendu de ce CA).

  • Réaction du Conseil d’administration

Le 18 octobre, le CA prend acte. Mais le corps scientifique et les étudiants refusent une démission du CA. Le Conseil décide toutefois d’explorer les possibilités juridiques d’organiser des « élections anticipées, complètes ou partielles » (les décisions du CA du 18 octobre).

Le Conseil d’administration a pris connaissance de l’avis juridique qu’il avait demandé le 22 novembre. Il en ressort que des élections anticipées peuvent être organisées « en cas de vacance de siège(s) et uniquement pour le(s) siège(s) devenu(s) vacant(s). Pour les sièges occupés par les élus directs, outre les dispositions statutaires (décès, limite d’âge à 70 ans, départ de la communauté universitaire), ces sièges ne peuvent devenir vacants que par la démission individuelle et volontaire des administrateurs élus directs effectifs et suppléants qui les occupent.  A ce jour, aucun siège n’est vacant. » (Courriel envoyé à la communauté universitaire par Pierre de Maret,  Pro-Recteur et Jean-Louis Vanherweghem, Président du Conseil d’administration. Nous décortiquons aussi l’avis dans l’article « Avis juridique rendu au CA: pas d’élections anticipées sans démission ou modification des statuts » .)

Le conseil d’administration continue d’avancer « comme si de rien n’était » . La délégation du corps scientifique n’a toujours pas répondu aux inquiétudes de sa base (« En attendant des nouvelles de nos représentants… » ).

  • Élections d’un nouveau recteur

Le mardi 7 décembre, Didier Vivier a été élu recteur. Son élection a suscité un taux record de participation, 79,05% (Résultats officiels de l’élection du recteur). Il est entré en fonction une semaine plus tard, le lundi 14 décembre et a notamment annoncé dans un courriel adressé à la communauté universitaire : « Le temps de l’action est ainsi venu. Les dossiers ne manquent pas et l’enthousiasme non plus d’ailleurs. Je tiens à vous assurer, toutes et tous, de mon souci de rester à l’écoute de toute la collectivité universitaire et de travailler à la défense de nos missions premières que sont l’enseignement, la recherche et le service à la Société, dans un climat serein et de grande ouverture » .

  • Élections du président et du vice-président de l’ULB

De nouveaux président et vice-président devront être élus le 17 janvier au sein du Conseil d’administration. Ces élections attisent les tensions. -La CNE-ULB (Centrale Nationale des Employés du syndicat chrétien) a notamment déposé un préavis de grève pour que le CA soit renouvelé avant celles-ci (Lettre ouverte de la CNE-ULB aux membres du conseil d’administration).-

Le président actuel et le pro-recteur Pierre de Maret étaient chargés de susciter les candidatures (les décisions du CA du 18 octobre). Certains candidats se sont d’ores et déjà déclarés. Il s’agit notamment de Fabrizio Bucella, actuel vice-président, qui, selon les discours de rentrée des administrateurs représentant les étudiants et le corps scientifique, se présenterait à la fonction de président. D’après les informations que nous possédons, celui-ci ne proposerait pas de vice-président. Grégory Lewkowicz que l’on pensait candidat avait ainsi déclaré à l’assemblée générale du corps scientifique: « Je n’ai jamais dit que je voulais être candidat à la vice-présidence du CA, je ne le serai pas » .

Alain Delchambre, l’ancien doyen de la Faculté des Sciences appliquées, a également rendu publique sa candidature à la présidence (site électoral). Il se présente avec Martin Casier, doctorant en physique et représentant suppléant des étudiants au CA. Ce dernier faisait partie de la liste interfac, mais s’est retiré de ce groupe « suite à des dissensions internes » (site annonçant les deux candidatures, Parcours de Martin Casier).

Michel Allé, directeur financier de la SNCB-Holding et qui donne quelques cours à la Solvay Brussels school of economics and management, se porte également candidat.

D’autres candidatures pourraient Théoriquement encore être révélées. Traditionnellement, les candidats n’étaient proposés qu’au Conseil d’administration durant lequel le vote avait lieu.

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